Sur cette page
- Avant de lancer un entretien vidéo différé, fixez les mêmes questions et la même grille pour tous les candidats.
- Informez le candidat avant l’enregistrement : qui regarde, combien de temps la vidéo est gardée, ses droits.
- Un outil qui lit les émotions sur le visage ou dans la voix est à écarter : la CNIL déconseille l’analyse des micro-expressions, l’AI Act interdit ces systèmes au travail.
L’entretien vidéo différé fait gagner des heures au recruteur : plus d’agendas à caler. Mais c’est aussi un traitement de données personnelles et une méthode de sélection, encadrés par le Code du travail et le RGPD. Voici quand l’utiliser et ce qu’il faut vérifier avant le lancement.
Qu’est-ce qu’un entretien vidéo différé ?
Dans un entretien vidéo différé, le candidat reçoit un lien, découvre des questions préparées à l’avance et enregistre seul ses réponses, quand il le souhaite. Le recruteur regarde les vidéos plus tard. Contrairement au face à face et à la visio en direct, recruteur et candidat ne se parlent pas en même temps.
Quand l’utiliser, quand l’éviter
Il convient quand :
- vous recevez beaucoup de candidatures pour un même poste, par exemple de saisonniers ;
- les candidats travaillent en horaires décalés ou sont encore en poste ;
- vous recrutez dans plusieurs pays et fuseaux horaires ;
- il s’agit d’un premier tour, avec un entretien humain derrière.
Évitez-le pour un profil rare que vous devez convaincre, quand les candidats sont peu nombreux ou quand le poste exige un vrai dialogue : face à une caméra, personne ne peut poser de question ni préciser sa pensée.
Avant de lancer un entretien vidéo différé : les sept vérifications
| Point | Question à se poser | Référence |
|---|---|---|
| Critères | Chaque question a-t-elle un lien direct avec le poste ? | L1221-6 |
| Information | Le candidat sait-il tout avant d’enregistrer ? | L1221-8, L1221-9 |
| Conservation | Quand les vidéos sont-elles effacées ? | CNIL, fiche 12 |
| Droits | Qui répond aux demandes d’accès ? | CNIL, fiche 7 ; AIPD : fiche 10 |
| Décision | Un humain peut-il expliquer chaque refus ? | RGPD, art. 22 |
| Accessibilité | Un candidat sans ordinateur peut-il répondre ? | L5213-6 |
| Biais | Note-t-on le contenu, et seulement lui ? | L1132-1 |
1. Mêmes questions, mêmes critères pour tous
Les informations demandées au candidat servent à apprécier sa capacité à occuper le poste et ont un « lien direct et nécessaire » avec lui ; les méthodes d’évaluation doivent être pertinentes au regard de ce but1. Avant la première vidéo, écrivez sous chaque question ce qui compte. Par exemple, pour « Racontez une fois où un client était mécontent » : une situation précise, ce que le candidat a fait lui-même et le résultat. Voyez comment construire une grille d’évaluation avec des comportements observables, à partir des compétences de votre cartographie des compétences.
Le cas que nous rencontrons le plus : une enseigne recrute ses saisonniers en vidéo différée. Les questions sont enregistrées, l’outil est payé, mais il n’y a pas de grille. Chaque responsable de magasin regarde les vidéos le soir et retient « ceux qui passent bien ». Quand un candidat écarté demande pourquoi, personne ne sait répondre. Une demi-journée suffit pour écrire trois signes d’une bonne réponse sous chaque question. Ensuite, les responsables vont plus vite, s’accordent plus souvent, et un refus s’explique en deux phrases.
2. Informer le candidat avant l’enregistrement
Le candidat est expressément informé des méthodes avant leur mise en œuvre, et rien ne peut être collecté sur lui par un dispositif dont il n’a pas eu connaissance1. La CNIL ajoute qu’il faut annoncer l’enregistrement et la visualisation des vidéos en différé avant le traitement2. Un modèle à adapter :
Bonjour, pour le poste de conseiller de vente, nous vous proposons un entretien vidéo différé : cinq questions, à passer avant vendredi sur ordinateur ou téléphone. Vos réponses sont enregistrées, puis regardées par Claire Martin, chargée de recrutement, et le manager du magasin, qui les notent sur leur contenu avec la même grille pour tous. Les vidéos sont effacées dès la décision. Pour accéder à vos données et à votre évaluation, ou demander un autre format : [adresse du service recrutement].
3. Combien de temps garder les vidéos
Pour la CNIL, sauf justification particulière, les vidéos d’entretien n’ont pas à être gardées au-delà de la date de décision d’embauche2. Demandez au fournisseur quand les vidéos sont effacées, y compris chez lui. Le référentiel de la CNIL de 2026 prévoit que le dossier d’un candidat non retenu peut être archivé cinq ans à partir du jour où le poste est pourvu, comme preuve en cas d’action en discrimination3. Archivez plutôt la grille remplie et les notes que la vidéo elle-même.
4. Droits des candidats et prestataire
Le candidat peut demander les données sur lesquelles vous vous êtes appuyé, évaluations comprises. Si un prestataire héberge les vidéos, vous restez responsable du traitement et de l’information des candidats. Et si l’outil sélectionne par algorithme, une analyse d’impact (AIPD) est obligatoire avant le lancement2. Associez votre DPO dès le choix de l’outil.
5. Une décision humaine, vraiment
L’article 22 du RGPD encadre strictement les décisions fondées exclusivement sur un traitement automatisé, et écarter un candidat l’affecte en général de manière importante. Selon la CNIL, si vous ne savez pas expliquer les motifs d’une décision proposée par un algorithme puis validée, elle peut être regardée comme prise sans intervention humaine2. Chaque refus doit donc reposer sur des motifs que le recruteur sait formuler.
6. Accessibilité et conditions de passage
Vérifiez que l’entretien fonctionne sur téléphone, laissez un temps de préparation et un nouvel essai en cas de coupure, et proposez un autre format sur demande. Pour les personnes handicapées, l’employeur prend les mesures appropriées pour qu’elles puissent accéder à un emploi4.
7. Limiter les biais
Personne ne peut être écarté d’une procédure de recrutement en raison, entre autres, de son apparence physique, de son âge, de son handicap ou de sa capacité à s’exprimer dans une autre langue que le français4. Or la vidéo montre tout cela. Notez le contenu des réponses, pas la tenue, le décor ou l’accent, et faites noter chaque vidéo par deux personnes avec la même grille.
Si l’outil utilise l’IA : ce que dit l’AI Act
L’AI Act classe à haut risque les systèmes destinés au recrutement ou à la sélection, notamment pour filtrer les candidatures et évaluer les candidats5. Avec le règlement 2026/1744, dit Omnibus, les règles de ces systèmes s’appliquent à partir du 2 décembre 20276. Une interdiction s’applique déjà : depuis le 2 février 2025, l’article 5 interdit les systèmes d’IA qui déduisent les émotions d’une personne à partir de ses données biométriques (visage, voix) sur le lieu de travail, sauf pour des raisons médicales ou de sécurité ; les lignes directrices de la Commission européenne, non contraignantes, appliquent cette interdiction au recrutement7. Un outil qui prétend lire le stress ou la confiance d’un candidat est donc à écarter. La CNIL le disait dès 2023 : la fiabilité de l’analyse des micro-expressions ne semble pas corroborée par des études sérieuses, et l’utilisation de tels outils en recrutement « devrait être écartée »2. Voyez aussi comment The Reflection applique l’AI Act sur sa plateforme.
Quand nous présentons un outil de recrutement à une entreprise, les premières questions précises ne viennent pas du recruteur, mais du juriste ou du DPO. Presque toujours les deux mêmes, dans cet ordre : le système analyse-t-il le visage, la voix ou les émotions du candidat ? Où sont stockées les réponses, et combien de temps ? Si le fournisseur hésite sur l’une des deux, le projet s’arrête là. Posez-les vous-même avant la démo : une évaluation fondée sur le contenu des réponses, citations à l’appui, se défend en une phrase.
Entretien vidéo différé ou entretien avec un recruteur IA
Le différé a une limite : personne ne relance une réponse vague. Autre option : faire mener le premier entretien par un recruteur IA qui relance le candidat. Avec le Recruteur IA de The Reflection, le candidat reçoit un lien et répond par la voix ou en vidéo, depuis n’importe quel appareil, en sachant qu’il parle à une IA. L’IA pose vos questions, demande des précisions et note le contenu des réponses, citations à l’appui. Votre équipe décide.
Questions fréquentes sur l’entretien vidéo différé
Peut-on passer un entretien vidéo différé sur téléphone ?
Le plus souvent, oui. Testez le parcours sur téléphone avant l’envoi et précisez-le dans l’invitation.
Combien de temps conserver les vidéos des candidats ?
Selon la CNIL, sauf justification particulière, pas au-delà de la date de décision d’embauche. Le dossier d’un candidat non retenu peut être archivé cinq ans comme preuve, de préférence sans la vidéo.
Un candidat peut-il demander sa vidéo et son évaluation ?
Oui. Le droit d’accès couvre les données sur lesquelles le recruteur s’est fondé, y compris les évaluations. Pour un score, il faut aussi donner les éléments qui permettent de l’interpréter.
Sources
- Articles L1221-6, L1221-8 et L1221-9 du Code du travail, versions en vigueur depuis le 1er mai 2008. Code du travail numérique.
- CNIL. Guide recrutement : les fondamentaux en matière de protection des données personnelles et questions-réponses, 30 janvier 2023 : fiche 7 (droits des candidats), fiche 10 (AIPD), fiche 12 (vidéo), fiche 13 (décisions automatisées).
- CNIL. Référentiel : les durées de conservation des données à caractère personnel, gestion des ressources humaines, publié le 2 avril 2026, mis à jour le 20 mai 2026.
- Articles L1132-1 (version en vigueur depuis le 1er septembre 2022) et L5213-6 (depuis le 20 décembre 2023) du Code du travail. Code du travail numérique.
- Règlement (UE) 2024/1689 du 13 juin 2024 établissant des règles harmonisées concernant l’intelligence artificielle, article 3, point 39, article 5 et annexe III, point 4. Journal officiel de l’Union européenne.
- Commission européenne. AI Omnibus enters into force, règlement (UE) 2026/1744, en vigueur depuis le 27 juillet 2026.
- Commission européenne. Lignes directrices de la Commission sur les pratiques interdites en matière d’intelligence artificielle au sens du règlement (UE) 2024/1689 (règlement sur l’IA), publiées le 4 février 2025, adoptées le 29 juillet 2025, C(2025) 5052 final, point 254. Non contraignantes.



